De ce lundi de Pentecôte au statut devenu équivoque (férié, pas férié...) je ne veux rien retenir car il faudrait alors entrer dans des considérations sur le temps venu de toutes les régressions sociales; je préfère remonter à ces années de ma jeunesse où la "journée du maire", à Nîmes, était traditionnellement placée le vendredi, ce qui créait, au moins pour les lycéens que nous étions, un pont non de trois mais de quatre jours.
C'est que la ville se mettait à battre au rythme de sa grande fête annuelle. Et la fête, à Nîmes, c'est la "Féria". Vouée à la tauromachie, avec ses corridas dans les arènes, et ses nombreux taureaux mis à mort sous le grand soleil de l'après-midi ("toros" puisque l'heure est alors espagnole), c'est aussi à la débauche de musique, de liberté et -il faut bien le dire- d'excès divers que ces quatre journées étaient consacrées.
Pourtant, derrière cette Nîmes qui se déboutonne et se lâche, cette Nîmes hispanisée (depuis seulement le second empire), j'ai toujours su deviner la présence discrète et hautaine de la vieille cité protestante, celle qui, bourgeoise et cultivée, riche et austère, est comme l'autre visage, toujours dans l'ombre, de ce Janus immuable qu'est la cité gardoise.
Marc Laroche